Institut Français de Psychosynthèse

Une étude d’action extérieure et intérieure par Roberto ASSAGIOLI

assagioli1QU’EST-CE QUE L’ACTION

…Le problème de  » l’action  » est beaucoup plus complexe en réalité qu’il n’y paraît à première vue. Les anciens sages de l’Inde en étaient bien conscients et traitaient cette question vitale de manière très profonde. Dans le  » Bhajavad Gita », le grand poème philosophique et religieux du Mahabharata, nous lisons : Qu’est-ce que l’action et qu’est-ce que l’inaction ? Sur cette question, même les sages sont perplexes. Difficile à saisir est la nature de l’action. Celui qui voit l’inaction dans l’action et l’action dans l’inaction, celui-là est intelligent parmi les hommes : il est l’homme d’une sagesse reconnue et il s’acquitte de toutes tâches véritablement. Considérons la signification de ce paradoxe apparent. Le critère de base pour chaque acte humain est généralement superficiel : un homme d’action est jugé sur les apparences, sur les résultats visibles et tangibles de ses efforts, tels que richesse, succès dans un domaine important aux yeux du public. En même temps, l’homme de la rue est capable d’imaginer la contemplation en terme de passivité, de rêve éveillé et d’inefficacité « . Mais ce jugement est une erreur et vient d’un manque de compréhension de base. Si nous examinons avec attention, et sans nous laisser tromper par les apparences, la soit disant  » activité » de l’homme d’aujourd’hui, nous nous apercevons vite qu’une grande partie de cette activité est souvent dirigée vers des buts non essentiels, voire nuisibles ou destructeurs, et que le plus souvent ils sont accomplis dans un état de tension émotionnelle et nerveuse et de grande précipitation, presque fiévreuse.

LA VERITABLE ACTION

Ce qui caractérise essentiellement la véritable action, comme le prouvent les développements surprenants de ta nature, ce sont : l’harmonie, l’organisation, le rythme, avec pour résultat d’être constructifs et créatifs. Comme ces caractères sont souvent absents de notre travail ! Et comme souvent nos vies quotidiennes ressemblent à ces gigotements et à ces piétinements inutiles auxquels se réfère Rabindranath Tagore dans cette phrase incisive :  » Ils soulèvent beaucoup de poussière mais la fertilité de la terre n’en est en rien accrue « . L’homme d’affaires opulent qui continue à accumuler des richesses dont il ne trouvera pas d’emploi utile et dont il n’aura pas le temps de profiter ; l’homme politique ambitieux qui s’efforce sans cesse de préserver son pouvoir et emploie toutes sortes de moyens, souvent contestables, pour atteindre ses objectifs ; les gens qui remplissent chaque moment de leur vie de toutes sortes d’activités sociales ou d’occupations tous sont-ils vraiment en train d’accomplir une véritable  » action  » ? ou se livrent-ils simplement à un tourbillon d’efforts frénétiques comme le chien qui tourne en rond pour attraper sa queue ? Une grande partie d’une telle action est destinée à la satisfaction de buts sans importance ou personnels et à l’intérieur de la sphère étroite de vies centrées sur elles-mêmes. Mais pire encore sont les activités de nature nuisible et destructrice qui vont à la fois contre le caractère sacré de la vie humaine et contre les lois qui régissent des rapports convenables entre toutes les formes de vie qui partagent la Terre. Tout cela peut ne pas être reconnu, mais il ne peut échapper au jugement de la loi morale. Dans toutes ces manifestations, l’homme n’est pas actif au vrai sens du mot. En réalité il est passif, s’autorisant à être le jouet de ses conduites et de ses désirs, déçu par ses illusions et dominé par  » des influences cachées  » ou collectives. L’histoire suivante est un cas amusant – et une illustration très claire du pouvoir de l’imitation inconsciente. A son arrivée à New York, un homme n’ayant rien de spécial à faire, sort de son hôtel avec intention de se promener tranquillement dans la ville. Après quelques minutes, il réalise qu’il est en train de marcher rapidement et qu’il est complètement hors d’haleine. Etonné, il recommence à marcher lentement mais, très vite, à sa grande surprise, il se surprend à se hâter d’un pas vif. IL a suivi inconsciemment l’exemple des passants qui courent dans la rue, pressés, alors que lui-même n’a aucune intention d’en faire autant. Nous sommes souvent la proie des influences de l’entourage sans en avoir conscience.
NECESSITE D’UN TEMPS DE SILENCE AVANT L’ACTION

C’est le contraire qui se passe lorsque, en silence, lors d’une méditation apparemment inactive, une véritable activité spirituelle s’établit. Cette activité de l’être intérieur ne peut avoir le champ libre que dans le silence de la méditation lorsque toute activité cesse. Dans le développement de la nature comme dans celui de la vie humaine, toutes les manifestions viennent d’élans créatifs

qui ont leur origine dans l’invisible, travaillant de façon silencieuse et secrète. Les graines commencent à germer dans l’obscurité de la terre ou sous le manteau neigeux ; les sources sont d’autant plus fraîches et claires qu’elles viennent du plus profond de la terre.

Il se passe la même chose pour le développement spirituel de l’homme et de ses pouvoirs intérieurs. L’assimilation laborieuse de ses expériences quotidiennes, le travail qui précède toute inspiration créative, l’acte créatif et fécond lui-même, tous ces développements s’accomplissent dans les profondeurs du silence.

L’homme moderne, dont l’attention est toujours tournée vers les choses matérielles, continuellement distrait par la fantasmagorie des objets visibles, ne soupçonne même pas les réalités et la richesse du monde intérieur, la puissances des forces qui s’y activent, le sens de ces manifestations. Loin d’être un monde d’inertie et de rêves illusoires, il est en fait le domaine des causes, et toute manifestation extérieure n’en est que le résultat. Il existe, il est vrai, dans le royaume intérieur, un lieu de rêves, d’aspirations futiles, d’insatisfactions, de peurs et de vaines chimères, une région où l’activité mentale est incontrôlée et confuse, une région de doute et de critique.

Mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus élevé dans le monde intérieur ; c’est une région intermédiaire où flotte la vie psychique de ceux qui sont trop faibles ou incapables de faire face aux difficultés de l’existence matérielle comme aux problèmes et aux conflits de l’action intérieure ou de la croissance.

Elles existent vraiment ces hauteurs rayonnantes de la contemplation spirituelle où l’effort n’est plus nécessaire, où l’on peut s’abandonner librement à l’activité de l’Esprit; mais pour atteindre ces hauteurs une route longue et fatiguante doit être suivie avant d’atteindre l’état où une pure contemplation et un véritable renoncement sont possibles. Une montée longue et progressive et une purification rigoureuse sont nécessaires.

LES TROUBLES QUI AFFECTENT L’ACTION

Pour mettre l’accent sur les différences entre l’action intérieure et extérieure, considérons deux types de comportement extrêmes et opposés et la façon de les améliorer et de les équilibrer.

Le premier correspond à toutes les personnes qui agissent par pure compulsion. Chez elles, l’énergie intérieure nécessaire pour contrôler et discipliner les impulsions et les forces est déficiente. Elles entreprennent souvent plus qu’elles ne peuvent accomplir et pire, elles peuvent être conduites à commettre des actes nuisibles et destructeurs. Comme le dit Tagore, elles soulèvent beaucoup de poussière sans accroître la fertilité du sol.

Il est évident que pour des individus aussi impulsifs l’activité la meilleure devrait être une apparente  » inaction « , un contrôle constant de leurs pulsions en disciplinant et concentrant leurs énergies dispersées.

Ceci démontre de façon claire qu’accroître l’activité intérieure aboutit à diminuer l’action extérieure. C’est  » l’action dans l’inaction  » dont parle le Bhajavad Gita.

Le type opposé ce sont les personnes pour qui  » action  » veut dire effort et qui ne sont donc pas très disposées à mener à bien une activité. Il est inutile, vain d’essayer de les forcer à l’action. Pour améliorer leur état, il faudra en découvrir les causes et les racines de ces causes.

L’inertie et l’indolence peuvent être dues à quelque problème physique tels que déficience glandulaire, constitution fragile, faiblesse générale ou épuisement. Une autre cause peut être une inhibition due à une expérience traumatique, souvent dans la petite enfance, qui peut avoir été oubliée mais provoquer des nœuds inconscients.

Dans d’autres cas, la cause peut en être un conflit entre deux pulsions ou incitations opposées qui, d’égale intensité, se font obstacle l’une à l’autre, consumant l’énergie disponible dans une lutte inutile et épuisante. Quelque fois au lieu de cela, l’inertie est due à une sensibilité excessive ou à une malléabilité psychologique qui livre l’individu aux jeux des multiples influences contradictoires de son environnement, telle une girouette tournant à chaque coup de vent.

Le manque d’action peut aussi être le résultat d’une activité exagérée dans l’analyse et la critique qui sape les sources de l’activité créatrice. Il existe souvent une combinaison de plusieurs de ces causes dans des proportions qui varient. Dans tous ces cas, la guérison de l’inertie et la reprise d’une activité normale exigent la découverte et l’élimination des causes par l’usage de

moyens appropriés. Cela implique une période, quelque fois longue, de réajustement ; mais pendant ce temps, il peut n’y avoir aucune manifestation extérieure de réalisation. Cependant, en réalité, alors qu’apparemment il y a inaction, il existe un processus intense d’actions psychologiques et une préparation nécessaire aux activités futures.

ACTION INTERIEURE

 

Un autre point essentiel, trop souvent négligé, est à considérer : ce qui est important ce n’est pas la quantité de travail effectué mais sa qualité, sa hauteur et ses résultats. Donc avant de se précipiter pour  » faire du bien  » et aider les autres, il nous appartient de nous demander si notre action est sage et utile et de travailler sur nous-même pour éliminer tout ce qui pourrait être irréfléchi ou même préjudiciable et d’élever le niveau et la qualité de ce que nous faisons.

 » Chaque âme qui s’élève élève le monde  » disait Elisabeth Leseur, une mystique moderne qui avait une vie de famille normale. Chaque passion maîtrisée, chaque défaut vaincu en nous-même signifie un obstacle surmonté, un danger de moins pour l’ensemble. Chaque rayon de sagesse qui illumine notre esprit, chaque fois que nous développons notre force intérieure, chaque sentiment élevé que nous pouvons faire surgir, tous sont un gain pour l’humanité. Ces dons spirituels ont tendance à se répandre autour de nous sans effort conscient de notre part. Manifestés dans chaque mot, chaque acte, ils exercent une influence invisible mais puissante.

Maurice Maeterlink, dans une image poétique et suggestive, nous prévient :

 » Ne suivons pas l’exemple de ce gardien de phare légendaire dont on disait quil avait distribué aux pauvres des hameaux voisins l’huile destinée à la lampe du phare.

Chaque âme, dans son centre le plus profond est le gardien d’un phare plus ou moins important. Chaque femme, chaque mère qui se laisse trop absorber et accabler par le cercle étroit des tâches quotidiennes, donne l’huile de sa lampe aux pauvres et ses enfants peuvent, tout au long de leur vie, subir les conséquences d’une pauvreté d’âme morale et spirituelle manifestée par leur mère. La lumière spirituelle qui emplit les replis les plus secrets de notre âme rayonne d’abord pour nous-même, c’est ainsi qu’elle peut aussi illuminer les autres.

Quelque modeste que puisse être votre lampe, ne répandez pas l’huile qui l’alimente mais seulement la flamme alimentée par l’huile. (La sagesse et la Destinée, p. 167).

Si nous observons la vie de ceux qui ont été les plus grands bienfaiteurs du genre humain, nous nous rendons compte que leur activité publique a souvent été précédée par de longues périodes d’inactivité apparente ; leur  » travail  » consistait en une puissante concentration d’énergies spirituelles qui, plus tard, se répandaient avec une force irrésistible – et donnait de merveilleux résultats.

La vie du Christ nous en fournit un exemple évident et sublime. Il est très significatif que nous n’ayons pas d’information sur sa vie entre 12 et 30 ans. De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer ce manque : quelques chercheurs ont fait allusion à une période d’étude et d’initiation dans une communauté essénienne ; d’autres ont évoqué un séjour dans des pays

lointains et des contacts avec diverses sources de sagesse spirituelle. Que ces hypothèses soient vraies ou non, tes faits demeurent que, durant 18 ans, le Christ a vécu éloigné des lieux fréquentés par les hommes d’une façon ou d’une autre et, soi seul, soit dans une communauté, il

s’est adonné à un travail de préparation spirituelle. Les effets de ce travail furent par la suite manifestés de façon visible parmi les hommes durant trois courtes années, mais avec une force telle que l’histoire de l’humanité en a été changée et que vingt siècles après, elle en est

toujours touchée.

Les grands mystiques chrétiens et les saints ont suivi son exemple. Sainte Catherine de Sienne a vécu de nombreuses années de retraite dans une petite pièce de la maison paternelle ; quand elle sortit de sa  » cellule  » elle entreprit une série de voyages à travers l’Italie et la France durant lesquels elle exhortait si bien les princes et les prêtres qu’ils changeaient leur façon de vivre et qu’elle exerça une profonde influence sur l’histoire de l’église. En même temps, elle composa beaucoup d’hymnes très émouvants et fut à l’origine d’un réveil spirituel d’un grand nombre de personnes.

Toutes ces actions intérieures : concentration et méditation, prière et contemplation, examen de conscience et purification, en fait tous les moyens d’éducation spirituelle et de réalisation intérieure ne sont pas seulement indispensables comme préparation à l’activité extérieure, ils sont aussi une constante  » recharge  » pour cette activité. Il existe bien des exemples dans ce que rapportent les Evangiles à propos du Christ qui montrent que cette règle était appliquée nettement dans sa vie :

« Et après qu’il eut renvoyé la foule, il se retira dans la montagne pour prier à l’écart « .

 » Le lendemain, s’étant levé longtemps avant le jour, il sortit, alla dans un lieu solitaire et pria « .

Luc aussi raconte que tous les événements importants dela vie du maître étaient récédés de longues périodes de prière solitaire. Par exemple, avant de choisir ses 12 disciples et avant de prononcer le sublime sermon sur la montagne :

 » …il se retira sur la montagne pour prier, et il demeura toute la nuit à prier Dieu « .

Et pendant la nuit tragique de Gethsémani, c’était par la prière et dans une intime communion avec le Père qu’il reçut la force surnaturelle qui lui permit de faire face à l’épreuve et de trouver un soutien dans ses heures d’agonie.

Les grands imitateurs les plus actifs parmi ses disciples chrétiens ont suivi la même voie, de Saint Paul à Sainte Thérèse, de Saint François de Sales à Saint Vincent de Paul. La confirmation qu’une telle interaction entre la vie intérieure et la vie extérieure est universelle, qu’elle est une condition nécessaire à une progression harmonieuse nous est donnée par le fait que dans d’autres civilisations très différentes de la notre, cette interaction est reconnue et pratiquée.

Il suffit de réaliser, comme cela a été dit plus haut, comment le problème de l’action a été résolu dans le Bhajavad G/ta pour voir comment les anciens sages indous arrivaient à la même conclusion que les saints chrétiens. Nous en trouvons une parfaite illustration dans la vie du plus grand d’entre eux, Gutama Buddha, lorsque, accablé par les souffrances du monde il fut poussé à quitter le foyer paternel en quête de la vérité qui devrait libérer les hommes, il s’abandonna à de longues années de méditation et de progrès spirituel.

 

Après diverses expériences infructueuses d’extrême ascétisme, il atteignit enfin, par des voies purement spirituelles, en avançant peu à peu par étapes successives de méditation et de contemplation, à l’Illumination suprême. Puis, durant son apostolat, quand il parcourut pendant un demi siècle l’Inde en éclairant des millions d’êtres humains, son enseignement insistait particulièrement sur l’action intérieure de la méditation.

Ce n’est que dans notre civilisation moderne que ces principes universels sont ignorés ou méprisés ; c’est seulement dans l’époque qui est la nôtre que l’activité de Marthe est encouragée comme louable et exemplaire alors que l’attitude de Marie est mal comprise et ridiculisée.

 

Tout est rythme, dans les manifestations externes de la nature comme dans la vie intérieure. De même que dans la nature se succèdent dans l’ordre hiver et été, nuit et jour, sommeil et veille, de même dans une vie équilibrée il devrait y avoir une alternance entre concentration, méditation et contemplation d’une part, et activités extérieures, d’autre part.

Notre rythme ne suit pas nécessairement le rythme régulier des phénomènes naturels ; il devrait être plutôt adaptable et fluide, en accord avec la complexité de la vie humaine. Mais en règle générale, même en cas de stress ou d’urgence, la règle prescrite et suivie par les chrétiens jadis est à conseiller vivement :

Chaque jour : 2 moments de méditation le matin, prière et préparation pour les activités de la journée ; le soir, examen de conscience et préparation spirituelle pour la nuit.

Chaque sema/ne : après six jours consacrés à  » César « , un jour consacré à Dieu.

Une fois par an : une période de retraite et de solitude, offrant le temps et l’occasion d’une vie intérieure plus intense, pour s’entraîner à des exercices spirituels.

 

PROBLEMES POSES PAR LA VIE DES CONTEMPLATIFS

 

Jusque là, personne ne me fera d’objection sérieuse, mais sur un autre point un consensus pourrait être plus difficile à obtenir. Cela concerne notre attitude et notre jugement envers ceux qui se sont consacrés entièrement à la vie contemplative et qui, s’étant retirés de la société, ne reviennent jamais dans le monde mais passent le restant de leurs jours reclus dans la solitude des cloîtres.

A première vue on pourrait penser que ces individus agissent en contradiction avec la loi des rythmes naturels entre vie intérieure et extérieure. On pourrait voir en eux des fanatiques, incapables ou refusant de suivre la sage  » voie du milieu « , ou des gens qui ont choisi un  » moyen d’évasion « . Mais si notre regard devient impartial et plus profond, on est conduit à reconnaître que les vrais contemplatifs, loin d’être inactifs et en dehors de la vie, ont une véritable vocation, font une  » carrière  » exceptionnelle et remplissent une fonction véritable et des plus utiles.

 

L’état d’esprit matérialiste est tellement enraciné dans notre civilisation moderne que même ceux qui se considèrent comme ayant une attitude spirituelle ne réussissent pas à comprendre cette forme particulière d’activité. Il existe, cependant, des preuves indiscutables des forces spirituelles que possèdent et exercent ceux qui se sont consacrés à la vie contemplative. Les nombreux exemples relatés dans l’histoire de tous les peuples ne peuvent être rejetés comme sans fondement. Les effets d’une prière silencieuse, la guérison ou la conversion de personnes vivant à distance, le fait d’envoyer ou de recevoir des messages, la nette impression d’une présence réelle, tous ces faits peuvent surprendre et déconcerter ceux qui ne les connaissent pas ; mais personne n’a le droit de les nier parce qu’ils sont contraires aux croyances ou aux idées préconçues.

Actuellement, les arguments pour reconnaître la réalité de ces influences ont reçu un soutien important des découvertes de la parapsychologie. Celle-ci est en train de devenir rapidement une branche reconnue de la psychologie scientifique ; dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis et en Russie, existent plusieurs chaînes de parapsychologie et des laboratoires de recherche dans ce domaine. Non seulement le fait d’influencer les esprits à distance a été scientifiquement prouvé, mais le fait que la matière peut être influencée sans aucun contact physique a été établi de façon irréfutable. Si ces phénomènes se produisent au niveau matériel et psychologique, il est plus que probable que des influences de nature plus subjective puissent être effectives aux niveaux spirituels où les énergies subtiles sont largement libérées des limitations de l’espace et du temps.

Ce ne sont pas seulement les saints et les sages du passé qui ont parlé de l’efficacité évidente des énergies spirituelles. Leur pouvoir a été reconnu et attesté par bon nombre d’hommes et de femmes de notre époque qui ont mené une vie active et féconde. L’un d’eux, Giosué Borsi, écrivain et journaliste italien, officier volontaire de la première guerre mondiale, agnostique, vécu une sorte de  » réveil  » intérieur qui eut pour conséquence une conversion religieuse. Il l’a décrite dans ses  » colloqui », dialogues intérieurs) dont est tiré la profession de foi qui suit :

 » Que font les âmes contemplatives en fait ? Tout. Elles font la seule chose nécessaire. On peut se demander comment il se fait que le monde n’a pas encore connu une fin prématurée avec tant de crimes, de trahisons, de conflits et de souffrance endurés, qu’il n’ait pas été précipité dans les abîmes de l’extinction.

LES CONTEMPLATIFS SONT  » LES SELS DE LA TERRE

 

Que ce cataclysme ne se soit pas encore produit est du à l’activité spirituelle de ces âmes de Dieu pour qui les prières sont l’énergie motrice de la vie et pour qui la bonté, la générosité, la force, la sagesse et le don de soi sont des idéaux qu’ils pratiquent tous les jours. Les forces spirituelles déployées par eux, pour avoir été élaborées dans le silence, le calme et l’oubli de soi n’en sont pas moins puissantes et bienfaisantes. Jetez juste un regard superficiel sur le monde qui vous entoure : égoïsme, brutalité, incroyance, orgueil, cruauté, toutes sortes de violences, d’envies, de débauche, d’appât du gain, d’honneurs, de pouvoir, de soif de plaisir – vous trouvez cela partout et on peut se demander encore une fois comment le monde a résisté à ces forces de désintégration ? Simplement parce que ces contemplatifs existent, le  » sel de la terre « , qui aiment Dieu plus que tout et leur prochain comme eux-mêmes, qui tendent l’autre joue,  » donnent leur manteau aussi  » à celui qui leur demande leur veste,  » font le bien en secret, pas pour qu’on les félicite « .

Hermann Keyserling a beaucoup écrit dans ce sens. On sait qu’il connaît une vie des plus actives et utile, voyageant dans le monde entier, fondant et dirigeant une  » Ecole de sagesse  » à Darmstadt. Il écrivit un grand nombre de livres importants et dans l’un de ces livres  » De la souffrance à l’accomplissement « , il déclare … :  » l’existence seule d’un saint est un bienfait ; la seule existence d’un héros apporte force et courage, … l’existence seule d’un grand croyant engendre la foi et une seule personne qui espère très fort engendre la confiance. Qui plus est, c’est le rayonnement silencieux et naturel de l’être profond qui garantit à la longue l’effet le plus puissant. Cela s’est révélé exact des milliers de fois dans l’espace comme dans le temps « .

La puissance de l’influence spirituelle des contemplatifs peut bien être considérée comme la forme la plus haute et la plus pure de l’action, ce qui s’approche de plus près du modus opérant de la Divinité. C’est l’apothéose de Marie.

 

 

 

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