Qu’est ce que la Psychosynthèse ? Une expérience d’application en pédagogie

Publié 19 février 2016 dans la revue de la psychosynthèse de l’IFP

par Geneviève COLDEFY

👉 Cette 𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞 s’est déroulée dans 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐥𝐚𝐬𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐚𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 d’enfants de 6 ans autour d’un spectacle  « comédie-ballet  » dans lequel ces enfants devaient intervenir comme acteurs avec des danseurs professionnels.

Ils y ont été longuement 𝐩𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐞́𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐝𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐞𝐱𝐞𝐫𝐜𝐢𝐜𝐞𝐬 qui se sont étalés sur six mois de l’année scolaire.


Le thème du spectacle, d’après le conte de Madeleine CHAPSAL PROMENADE AU CŒUR DES CHOSES est l’histoire d’un enfant qui, délaissé par ses parents préoccupés par la naissance d’une petite sœur, fait l’expérience imaginaire de la descente dans la terre.

👇 Là, il DECOUVRE un monde merveilleux qui n’est autre que 𝐒𝐎𝐍 𝐏𝐑𝐎𝐏𝐑𝐄 𝐌𝐎𝐍𝐃𝐄 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐈𝐄𝐔𝐑, animé par ses 𝐒𝐄𝐍𝐒𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍𝐒, et dans lequel il puise une force, sa 𝐏𝐑𝐎𝐏𝐑𝐄 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄 qui lui permet d’appréhender sa 𝐕𝐈𝐄 avec ses difficultés (la naissance) et de grandir.

Ce conte m’a intéressée parce qu’il m’a paru être dans l’ESPRIT DE LA PSYCHOSYNTHESE.
La descente dans la terre peut être vécue comme la DESCENTE EN SOI-MEME, dans son corps, comme la prise de conscience de son intériorité, de ses perceptions corporelles et en même temps de sa VIE, de son ENERGIE.

👍 Ce retour en soi-même dispose, conduit naturellement à une attitude d’accueil, d’ouverture aux sensations extérieures. Et cette 𝐑𝐄𝐂𝐄𝐏𝐓𝐈𝐕𝐈𝐓𝐄, cette écoute elle-même intériorisée, par l’affinement des perceptions qu’elle développe, OUVRE LA PORTE DE L’ 𝐈𝐌𝐀𝐆𝐈𝐍𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍, de l’ 𝐈𝐍𝐓𝐔𝐈𝐓𝐈𝐎𝐍, de la 𝐑𝐈𝐂𝐇𝐄𝐒𝐒𝐄 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐑𝐈𝐄𝐔𝐑𝐄.

💡 Il y a là trois démarches de la psychosynthèse :

  • détente, écoute du corps, de son intériorité,
  • accueil des sensations,
  • intériorisation de ces sensations qui mène à la découverte de son imaginaire et de son intuition.

La conséquence de cette démarche est la prise de conscience essentielle pour la personne, de sa richesse, de son énergie vitale, de son individualité et de a possibilité de croissance personnelle.

🔎 Dans cette optique, les enfants étant acteurs (animaux ou fleurs que le héros du conte rencontrait après sa descente vers le monde merveilleux qu’il découvrait), mon désir a été d’amener chacun :

  • d’abord à se détendre, à faire 𝐒𝐈𝐋𝐄𝐍𝐂𝐄 en lui-même pour être à l’écoute de son intériorité, réceptif à ses perceptions internes et aux sensations extérieures.
  • ensuite à 𝐋𝐀𝐈𝐒𝐒𝐄𝐑 𝐄𝐌𝐄𝐑𝐆𝐄𝐑, par l’intériorisation, du plus profond de son être, 𝐔𝐍𝐄 𝐈𝐌𝐀𝐆𝐄, animal ou fleur QUI LUI SONT PROPRE afin que s’établisse un 𝐃𝐈𝐀𝐋𝐎𝐆𝐔𝐄 𝐀𝐔𝐓𝐇𝐄𝐍𝐓𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐄𝐍𝐓𝐑𝐄 𝐂𝐄 𝐒𝐘𝐌𝐁𝐎𝐋𝐄 𝐄𝐓 𝐋𝐔𝐈-𝐌𝐄̂𝐌𝐄.

Je reprendrai maintenant chacun de ces points pour dire les constatations que j’ai pu faire dans l’évolution de l’enfant.

☀️ La 𝐃𝐄𝐒𝐂𝐄𝐍𝐓𝐄 𝐄𝐍 𝐒𝐎𝐈, l’expérience de la 𝐃𝐄́𝐓𝐄𝐍𝐓𝐄, de la prise de 𝐂𝐎𝐍𝐒𝐂𝐈𝐄𝐍𝐂𝐄 𝐃𝐄 𝐒𝐎𝐍 𝐂𝐎𝐑𝐏𝐒, de ses sensations corporelles ont entraîné un sentiment de 𝐒𝐄́𝐂𝐔𝐑𝐈𝐓𝐄.
L’enfant a perçu son existence propre dans sa peau, son enveloppe corporelle, vécue comme un élément protecteur, assurant son intégrité.

Il a pris conscience de son intériorité, de ses perceptions internes qu’il a reconnues et qui ont perdu de ce fait, leur aspect parfois inquiétant.


𝐈𝐥 𝐚 𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢 𝐬𝐨𝐧 𝐞́𝐧𝐞𝐫𝐠𝐢𝐞 𝐯𝐢𝐭𝐚𝐥𝐞 PAR SA CHALEUR, son rythme cardiaque, respiratoire.
Il a pris 𝐂𝐎𝐍𝐅𝐈𝐀𝐍𝐂𝐄 𝐞𝐧 𝐬𝐨𝐧 𝐂𝐎𝐑𝐏𝐒 qui en acquérant son individualité, est devenu un RÉFÉRENT, un instrument de connaissance.

🔥 Le corps s’est différencié du monde extérieur. L’enfant est devenu capable d’accueillir les sensations externes en les reconnaissant comme telles, extérieures à lui.
Il a pris de la distance par rapport à ce monde extérieur, vécu progressivement comme objet de plus en plus distinct du sujet ; il ne fusionne plus avec lui.

𝐋𝐀 𝐃𝐈𝐒𝐓𝐀𝐍𝐂𝐈𝐀𝐓𝐈𝐎𝐍, démarche si importante de la psychosynthèse, l’a aidé à se dégager de son esprit animiste et de son égocentrisme primitif, et à progresser dans l’objectivation et le début d’un développement de l’esprit scientifique.

🧑‍🎨 En plus de cet aspect cognitif très important, se sont développées chez l’enfant 𝐥’𝐢𝐧𝐭𝐮𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 et 𝐥’𝐞𝐱𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞.

L’accueil aux sensations visuelles, par exemple, associé à la prise de conscience de sa vie personnelle et de la vie qui anime les choses, a entraîné la production de dessins de fleurs – entre autre – non seulement mieux observées mais également animées de cette vie.


La perception de son rythme personnel (cardiaque) a eu pour conséquence une meilleure perception et une reproduction plus juste d’un rythme extérieur imposé, une participation mieux accordée et harmonieuse à une danse collective, ce qui n’est pas évident chez un enfant de six ans.


Enfin dans son rôle d’animal ou de fleur, – rôle qu’on ne lui a pas attribué d’office, mais qu’il n’a pas choisi non plus de manière impulsive et arbitraire – Dans ce personnage qu’il a laissé jaillir du plus profond de lui-même, l’enfant s’est impliqué totalement. Il s’est identifié à son symbole dans un élan créateur qui s’est exprimé par un jeu corporel perçu comme « recueilli et vécu de l’intérieur » par les spectateurs.

⭐ Il s’est établi, 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐞 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐚𝐠𝐞-𝐬𝐲𝐦𝐛𝐨𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐥’𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐭, 𝐮𝐧 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐢𝐚𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞 qui s’est manifesté par des textes écrits, des dessins, des échanges même en dehors de la classe (des enfants s’écrivant d’animal à animal, ou de fleur à fleur) et une grande cohésion du groupe.

Expression spontanée, vivante, chaleureuse et je crois pouvoir le dire, riche, authentique, enthousiaste avec beaucoup de créativité.

Mais ce qui m’a paru le plus important, c’est 𝐥𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐦𝐢𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 effectué avec chaque enfant avec son 𝐏𝐄𝐑𝐒𝐎𝐍𝐍𝐀𝐆𝐄-𝐒𝐘𝐌𝐁𝐎𝐋𝐄.

Il y a eu, en effet, en un premier temps, projection de l’enfant sur son animal ou sa fleur.

Un petit garçon très immature et peu motivé par la vie scolaire s’est identifié à une grenouille bien au chaud, tranquille, protégée au fond de l’eau.

Tel autre, doux, craintif, ne pouvant exprimer son agressivité a choisi un serpent parce que « il se faufile, il est dangereux, il pique avec sa langue ».
Une petite fille très inhibée, ne parlant pas, mais très raffinée, a aimé un perroquet « parce qu’il était plein de couleurs, l’oiseau arc-en-ciel ».

⏳Après une maturation en un deuxième temps, l’enfant a grandi, évolué avec son symbole, sans aucune intervention de ma part, simplement comme s’il percevait un message.

La grenouille a sauté hors de l’eau ; curieuse elle est allée explorer le monde avec ses gros yeux.

Le serpent, avec sa langue, a parlé et lu dans toutes les langues.

Le perroquet n’était plus seulement beau, mais il chantait avec tous les autres oiseaux.

Et effectivement, il y a eu évolution du comportement des enfants, la petite fille inhibée devenant bavarde et drôle, le petit garçon immature lisant et écrivant avec sa grenouille.

Tout ceci s’est fait, bien sûr, en interaction entre les enfants et l’on ne peut exclure quelque influence de l’un sur l’autre.

Mais certaines intuitions, en particulier celle du serpent m’ont paru assez étonnantes : nous n’avions pas lu d’histoires de serpent, en classe et l’enfant, apparemment, ne connaissait pas de contes où figure le serpent sage et savant.

✔️Quoiqu’il en soit, pour chacun, son personnage-symbole a eu un rôle dynamisant et a été un chemin de 𝐂𝐎𝐍𝐍𝐀𝐈𝐒𝐒𝐀𝐍𝐂𝐄, de 𝐂𝐑𝐎𝐈𝐒𝐒𝐀𝐍𝐂𝐄 et d’ 𝐄́𝐕𝐎𝐋𝐔𝐓𝐈𝐎𝐍.

Le dernier point que j’ai évoqué précédemment et qui a été très sensible, c’est la bonne 𝐜𝐨𝐡𝐞́𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞 dans la classe et en dehors de la classe.

Tout un échange de relations s’est instauré à l’extérieur de l’école.

A l’intérieur il m’a semblé qu’une plus grande tolérance, une meilleure perception de l’autre se manifestaient, avec moins de mesquinerie, mais toutefois sans éviter certains règlements de comptes.

Cette expérience a créé un lien entre les enfants et a généré, également, une participation spontanée des parents. Ce projet vécu en commun a induit une 𝐚𝐭𝐦𝐨𝐬𝐩𝐡𝐞̀𝐫𝐞 𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫𝐞𝐮𝐬𝐞, une qualité de communication que je n’avais pas ressentie jusqu’alors dans ma pratique professionnelle.


Les enfants de ce cours préparatoire ont, me semble-t-il, beaucoup appris et ont pu développer leur connaissance d’eux-mêmes, leur sens artistique, leurs possibilités relationnelles. Mais surtout cette expérience m’a révélé l’étonnante richesse du symbole comme chemin d’𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐭 𝐝’𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞.

𝐈𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜̧𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐞 𝐏𝐬𝐲𝐜𝐡𝐨𝐬𝐲𝐧𝐭𝐡𝐞̀𝐬𝐞 | https://psychosynthese.fr | 01 42 78 24 45

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